Dans les pays méditerranéens et du Proche-Orient, la tabagisme constitue un réel problème de Santé Publique. Ceci était déjà souligné dans
le rapport de J.F Tessier, présenté à Tunis en 1998, montrant que la proportion de fumeurs, dans la majorité de ces pays, était supérieure à 45%
chez les hommes et inférieure à 15% chez les femmes (1). Cet exposé tente de faire le point sur les tendances évolutives observées ces dernières
années en France et dans les autres pays du pourtour méditerranéen. En France, la consommation de tabac et de cigarettes diminue depuis 1976 et surtout depuis 1991. On observe, chez les hommes, depuis la fin des années 60, une baisse de 45 à 35%
environ de la proportion de fumeurs réguliers. Dans la population féminine, durant cette même période, la proportion de fumeuses régulières a augmenté de
10 à 20% (2). Actuellement, chez les 18-24 ans, les femmes fument presque autant que les hommes : 30% de fumeuses régulières contre 35% de fumeurs réguliers. Cette
augmentation du tabagisme féminin doit faire craindre dans les années qui viennent une épidémie du même ordre que celle que l’on constate déjà aux
Etats-Unis où la mortalité par cancer bronchique a dépassé la mortalité par cancer du sein. Les chiffres les plus récents montrent cependant que
la prévalence du tabagisme chez les Français âgés de 15 à 75 ans est passée de 34,5% en fin 1999 à 30,4% en fin 2003 (3).
Dans les pays d’Europe du Sud, l’évolution du tabagisme est variable : diminution de la prévalence chez les jeunes des deux sexes, âgés de 15 à 24ans,
en Italie (4) ; poursuite de l’augmentation du tabagisme féminin comme au Portugal, notamment chez les femmes jeunes avec un niveau d’études élevé (5),
ou en Espagne (6). Mais surtout on note dans tous les pays d’Europe, une augmentation de la mortalité par cancer broncho-pulmonaire chez les femmes (7).
La base de données sur le tabagisme, par pays (Tobacco Control Country Profiles – TCCP), mise en place par l’American Cancer Society en collaboration avec
l’OMS
et les Centers for Disease Control and Prevention indique une prévalence du tabagisme globalement plus faible dans l’ « Eastern Mediterranean Region » ( EMR ) que
dans d’autres parties du monde (8). Des données plus précises concernant les différents pays de l’EMR sont accessibles sur internet ( http://www.emro.who.int/tfi/countryprofile.htm ). On y retrouve des chiffres comparables à ceux rapportés par J.F Tessier, montrant par exemple la prévalence élevée du tabagisme, chez les hommes, en
Tunisie, en Syrie, en Egypte, en Jordanie, et l’importance parfois du tabagisme féminin, comme au Liban. Des études plus détaillées concernant le tabagisme
dans certains pays sont rapportées (9,10,11). Une autre particularité à signaler est le retour en force des formes traditionnelles de consommation du tabac, comme le
narghilé (12,13).
J.F.
Tessier soulignait que le tabagisme des médecins et des futurs médecins, dans les pays étudiés, était comparable à celui du reste de la population.
Ceci est encore observé dans la plupart des enquêtes en France (14) et dans le pourtour méditerranéen, à la différence de ce qu’on observe dans
les pays anglo-saxons, depuis de nombreuses années déjà, où les étudiants en médecine fument beaucoup moins que la population générale.
Dans la mesure où les médecins fumeurs s’impliquent moins dans l’aide à l’arrêt du tabagisme de leurs patients, cette particularité doit être
prise en compte dans les méthodes de lutte contre le tabagisme. L’introduction d’un enseignement spécifique et la meilleure prise de conscience des étudiants
en médecine vis-à-vis de ce problème, peuvent cependant entraîner une nette diminution du tabagisme chez les étudiants en médecine (15). Correspondance : Dr Philippe Mulliez, Service de Pneumologie, Centre Hospitalier Saint Philibert, 115 rue du Grand But , 59160 Lomme, France
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