Histoire et Médecine Les fantaisies
pulmonaires de Dené Descartes Philosophe, mathématicien, physicien, Descartes (1595-1650) s'est beaucoup intéressé à la médecine. Ses recherches en optique et en neurophysiologie sont révolutionnaires. En revanche, sa contribution à la physiologie pulmonaire est beaucoup plus ésotérique...Il compare volontiers le mécanisme de la respiration à un alambic, à un moulin, ou encore à une horloge ! Tout débute le 10 novembre 1619. Après une nuit d'exaltation et trois songes successifs, le jeune philosophe est illuminé par la méthode cartésienne... "J'étais rempli d'enthousiasme et je découvrais les fondements d'une science admirable". Au cours de cette nuit légendaire, Descartes a la révélation de sa nouvelle pensée philosophique qui lie étroitement les lois de la nature à celles des mathématiques. De la fin de l'année 1628 à septembre 1649, il réside aux Pays-Bas ne rentrant en France qu'à trois reprises pour de brefs séjours. I1 entretient une correspondance suivie et régulière avec le physicien Mersenne (1588-1648) qui lui permet d'être informé de toutes les découvertes scientifiques de son temps, d'entrer en relation avec les savants et de se faire publier à Paris. |
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Son rythme de travail est particulier: il se lève tard, dîne vers midi, jardine ou dissèque après dîner et travaille tard dans la nuit. Le docteur Plemp, professeur de médecine à Louvain, présenté au philosophe vers 1629- 1630 témoigne: "Ignoré de tous, Descartes se cachait dans la maison d'un marchand de draps, dans la rue qui tire son nom des veaux (...) je l'y ai vu bien souvent et ai toujours trouvé un homme qui ne lisait pas de livres et n 'en possédait point, voué à ses méditations solitaires et les confiant au papier, quelquefois disséquant les animaux".
La révolution
de l'homme-machine
En médecine comme pour les autres sciences, Descartes adopte une seule méthode: "Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle" (1637). Ce concept bouleverse les principes philosophiques de ses contemporains qui considèrent qu'une connaissance est juste si elle a résisté au temps. Ainsi, les écrits d'Aristote (IVe siècle avant J.-C.), qui ont reçu l'imprimatur de l'Eglise, apparaissent suffisants pour expliquer "scientifiquement" l'ordre du monde.
Descartes assimile le corps humain à une simple machine - sorte d'automate perfectionné - soumise aux seules lois mathématiques. "Je suppose que ce corps n'est autre chose qu'une statue ou machine de terre que Dieu forme tout exprès pour la rendre plus semblable à nous qu'il est possible (...) mais aussi qu'il met au dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu'elle marche, qu'elle mange, qu'elle respire". Dans une lettre adressée à l'abbé Mersenne en 1630, le philosophe se demande "s'il y a moyen de trouver une médecine qui soit fondée en démonstrations infaillibles", il ajoute "c'est ce que je cherche maintenant." Mais si le philosophe est attaché à la réalité anatomique, il ne dissèque que des animaux, pensant établir une analogie avec le corps humain: "ce n'est pas un crime d'être curieux d'anatomie et j'ai été un hiver à Amsterdam que j'allais quasi chaque jour en la maison d'un boucher pour lui voir tuer des bêtes, et je faisais apporter de là à mon logis les parties que je voulais analtomiser plus à loisir, ce que j'ai encore fait plusieurs fois en tous lieux où j'ai été."
Descartes fait entrer la médecine dans l'ère des Lumières; en défiant les principes intangibles de l'Eglise, il a voulu remodeler l'homme en un savant édifice unissant le corps à l'âme.
Une oeuvre médicale éparse et disparate
En 1637, il travaille à un abrégé de médecine (qui ne sera pas achevé). Dix ans plus tard, il rédige un petit traité sur la Description du corps humain. Rétif à la biologie, le philosophe éprouve de grandes difficultés à appliquer les lois de la mécanique à la médecine.
Le Traité de l'Homme - publié en 1664, après la mort du philosophe - constitue un véritable manuel de physiologie humaine et comparée dans lequel sont expliqués tous les phénomènes de la vie végétative (circulation, respiration, digestion, nutrition, motricité et sensibilité). Le Traité de l'Homme contient des schémas et des commentaires du docteur Louis de la Forge, médecin à La Flèche.
Dans le Discours sur la Méthode, Descartes consacre un chapitre à l'anatomo-physiologie du coeur et des gros vaisseaux; le traité de la Formation du Foetus contient des considérations sur l'anatomie cérébrale et la fécondation.
En dépit de quelques grandes bévues physiologiques, d'une incontestable réticence à la théorie de la contraction cardiaque de William Harvey (1578-1657) et du rôle excessif attribué à la glande pinéale (épiphyse) considérée comme siège de l'âme, Descartes bouleverse la pensée médicale du XVIIe siècle.
Très préoccupé par les applications pratiques de ses découvertes médicales, il construit de nombreux appareils (fauteuil pour mutilés, lunettes, pompes, appareils élévateurs).
Les "esprits animaux", les
fontaines
et la respiration...
Le principe mécaniciste de la physiologie humaine se résume ainsi: "L'on peut fort bien comparer les nerfs de de la machine que je vous décris (le corps humain), aux tuyaux des machines de ces fontaines; ses muscles et ses tendons, aux autres divers engins et ressorts qui servent à les mouvoir; ses esprits animaux, à l'eau qui les remue, dont le coeur est la source, et les concavités du cerveau les regards". Il est aujourd'hui bien difficile de comprendre la signification des "esprits animaux", sorte de fluide subtil ou de feu ardent à l'origine du principe de la vie. Faut-il voir dans ces "esprits animaux" une préfiguration de l'influx nerveux ?
Dans son Traité de l'Homme, Descartes consacre peu de place à la physiologie respiratoire s'intéressant davantage au cur (source de chaleur et principe de la vie) et au système neuro-sensoriel.
Pour Descartes, les poumons remplissent trois fonctions:
Le mécanisme de la respiration est comparable à celui d'un alambic. Les poumons refroidissent le sang qui est vaporisé à sa sortie du coeur droit. En effet, pour entretenir le " feu sans flamme" du coeur gauche, il est nécessaire que le sang soit liquéfié.
"La chair du poumon est si rare et si molle, et toujours tellement rafraîchie par l 'air de la respiration, qu'à mesure que les vapeurs du sang qui sortent de la concavité droite du coeur, entrent dedans par l'artère que les anatomistes ont nommé la Veine artérieuse, elles s'y épaississent et convertissent en sang derechef; puis de là tombent goutte à goutte dans la concavité gauche du coeur; où si elles entraient sans être ainsi derechef épaissies, elles ne seraient pas suffisantes pour servir de nourriture au feu qui y est. Et ainsi vous voyez que la respiration, qui sert seulement en cette machine à y épaissir les vapeurs, n'est pas moins nécessaire à l'entretènement de ce feu, que l'est celle qui est en nous, à la conservation de notre vie".
La respiration - comparée aux "mouvements d'une horloge, ou d'un moulin, que le cours ordinaire de l'eau peut rendre continus"- intègre les principes généraux de la mécanique des fluides.
Deuxième fonction des poumons: rendre plus vifs les "esprits animaux" par le brassage de l'air de la respiration avec le sang au sein du ventricule gauche.
Enfin, Descartes considère que le poumon est l'organe de la phonation: "le poisson est muet parce qu'il ne possède pas de poumons"...
La pneumonie fatale
de Descartes
Né le 31 mars 1596 dans le Poitou, d'une constitution chétive, il présente comme sa mère - décédée en 1597 - "une toux sèche et un teint pâle".
"A cause de sa santé infirme", il n'entre au collège de la Flèche qu'à l'âge de 11 ans où il bénéficie d'un régime de faveur: logé dans une chambre particulière, il est autorisé à se lever à son heure... d'où l'habitude qu'il conservera toute sa vie de méditer (et d'écrire) dans son lit.
En septembre 1649, la reine Christine de Suède envoie un amiral de sa flotte chercher le philosophe français. Comme l'atteste sa correspondance, Descartes redoutait ce séjour "au milieu d'une saison ennemie de son tempérament".
Au début du mois de février 1650, Descartes "prend froid" en se rendant au Palais Royal (le philosophe loge chez Chanut, ambassadeur du roi de France en Suède). Descartes est pris de fièvre, de toux avec expectorations et de dyspnée.
Au 8e jour de la maladie, "il ne crachait plus qu'avec difficulté, et les flegmes qu'il tirait de sa poitrine n'étaient qu'un sang noirâtre et corrompu". Le philosophe refuse le concours des praticiens suédois préférant se fier à sa propre médecine, acceptant toutefois les soins du chirurgien de l'ambassadeur de France. "L'oppression de la poitrine augmenta jusqu'à lui ôter la respiration".
Le 11 février 1650, à 4 heures du matin, René Descartes - qui vient de subir une ultime saignée et de recevoir une infusion de tabac dans l'alcool - s'éteint à l'âge de 53 ans probablement victime d'une pneumonie. Le philosophe est inhumé au cimetière des Innocents à Stockholm.
Aujourd'hui le crâne de Descartes - après de rocambolesques aventures - est exposé dans une vitrine du musée de l'Homme à Paris en compagnie du crâne de Saint-Simon.
Dr Christian Régnier Société Internationale d'Histoire de la Médecine
(MàJ: 3 Janvier 1997)
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Asmanet
Congrès Conçue et réalisée par: Michel Godard (at)
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Date de création: 3 Janvier 1997- Dernière mise à jour: 21/07/98
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n° 78-17 du 6 janvier 1978). Pour l'éxercer adressez-vous à Michel Godard (at)