Existe-t-il
des gènes candidats à l'allergie ?
Maladies Respiratoires Hôpital Arnaud de Villeneuve, 34295
Montpellier Cedex 5
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Résumé de la communication du Docteur Demoly.
XXème Journée Scientifique
Paris, le 29 Mars 1996
Traduction (partielle) en : | Anglais/English | :-)
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Le facteur de risque le plus important prédisposant au développement d'un asthme est de loin l'existence d'autres cas familiaux. Avoir au moins un parent asthmatique multiplie le risque d'être soit même asthmatique par deux. Ainsi il existerait "un ou plus vraisemblablement des gènes de l'asthme et de l'atopie". Quelle que soit la maladie supposée héréditaire, la stratégie dans la détection de facteurs génétiques repose sur les études de prévalence familiale, de jumeaux, de marqueurs génétiques et les études animales. Dans l'asthme allergique, les marqueurs génétiques sont ceux de la réponse immune, spécifique ou non spécifique de l'allergène. Mais ce syndrome multifactoriel est tellement hétérogène, qu'il n'est pas surprenant d'observer des résultats d'études variables selon la définition choisie pour caractériser le phénotype asthme.
ALLERGIES ET ATOPIE
Les facteurs endogènes ou constitutionnels qui régisse l'asthme sont le plus souvent le reflet du patrimoine génétique de l'individu. Ainsi, le terrain atopique est le principal facteur causal de l'asthme ; 80 à 90% des enfants et 25 à 50% des adultes asthmatiques ont des tests cutanés positifs. Alors que l'allergie est un mécanisme physiopathologique, l'atopie désigne des allergies à caractère héréditaire correspondant à une réactivité immunologique particulière à immunoglobulines E (IgE) de certains sujets qui se sensibilisent par voie muqueuse vis-à-vis d'allergènes de l'environnement. L'asthme intrinsèque (classiquement non allergique), pourrait être également lié à une production excessive d'IgE, stigmate biologique qui sous-tend le diagnostic d'asthme extrinsèque (allergique) [1]. Les différences physiopathologiques entre ces deux entités ne sont en effet pas claires, et dans un cas comme dans l'autre il existe une concentration familiale. L'incidence familiale oscille entre 40 et 65% dans les familles d'allergiques alors que les pourcentages obtenus dans les groupes témoins non allergiques varient de 7 à 27% [2].
GENETIQUE DE L'ASTHME ET DE L'ATOPIE
Les résultats des études fondées sur l'élévation du taux des IgE sériques totales ne sont pas concordants non plus, peut-être parce que certains sujets réellement atopiques ont un taux bas d'IgE totales [1]. Gerrard en 1978 [5] retrouvent par exemple une transmission monogénique autosomique récessive, pour les sujets "forts répondeurs" (taux élevés d'IgE totales sériques) avec de vraisemblables influences polygéniques. Cookson et Hopkin en 1988 [6] ont montré que l'atopie se transmet selon un mode héréditaire autosomique dominant maternel alors que les études de Martinez à Tucson [7] et de Meyers et Postma en 1994 [8] retrouvent l'influence de plusieurs gènes dont un gène majeur transmis selon un mode respectivement autosomique codominant et autosomique récessif.
L'hyperréactivité bronchique (HRB) qui, pour certains, caractérise l'asthme, n'est pas toujours présente, varie au cours de l'évolution de la maladie et est constatée chez 3 à 5% des sujets normaux ainsi que dans diverses autres pathologies. Enfin, elle se mesure de diverses manières (méthacholine, histamine, exercice ) laissant supposer qu'il n'existe pas une mais des HRB. Longo et coll. [9] testant l'HRB cholinergique de 50 parents (non asthmatiques) d'enfants asthmatiques et de 70 parents (non asthmatiques) d'enfants non asthmatiques, constatèrent que 50% des parents ont, dans le premier cas, un index de bronchoconstriction de type asthmatique, contre 10% dans la deuxième éventualité. Les auteurs suggèraient un mode de transmission autosomique dominante de cette HRB.
Des études familiales couplées à des études de génétiques moléculaires sont en cours dans différents pays du monde : en France (étude EGEA), en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis (NIH), au Canada et aux Pays-Bas.
La concordance clinique de l'atopie chez les jumeaux monozygotes (19%), génétiquement identiques, est supérieure à celle des jumeaux dizygotes (4,8%) [10]. Les résultats varient là encore selon la définition adoptée de l'asthme ou de l'allergie. Les études permettent de retrouver globalement le rôle majeur de l'hérédité dans la transmission de l'atopie, le contrôle de la réponse à IgE et l'HRB. Ce rôle de l'hérédité est par ailleurs modeste dans l'expression clinique de l'allergie et dans la sensibilité à tel ou tel allergène (les facteurs environnementaux prédominent ici sur les facteurs génétiques).
CONCLUSION
Le développement et la confirmation de tels travaux (notamment dans la population générale) permettront d'envisager l'avenir des recherches dans la génétique de l'asthme et des allergies en termes de recherche fondamentale, de prévention et de thérapeutique (nouveaux médicaments, thérapie génique). L'asthme et l'atopie étant des maladies hétérogènes, plusieurs gènes sont vraisemblablement impliqués et notamment d'autres gènes de la réponse IgE (spécifiques ou non), d'éventuels gènes de l'HRB, de la spécificité tissulaire (molécules d'adhésion...) ou encore des gènes de la réponse cellulaire. L'étape finale consistera à modéliser l'interaction de l'ensemble de ces facteurs génétiques avec les facteurs non génétiques (environnement...) qui conduisent au phénotype asthme [17].
REFERENCES
1- Burrows B., Martinez F.D., Halonen
M.M., Barbee R.A., Cline M.G. N. Engl. J. Med. 1989, 320, 271-7.
2- Charpin D. Encycl. Méd. Chir., Paris,
Poumon, 6039 A20; 6-1984.
3- Cooke R.A., Van der Veer A. J. Immunol.
1916, 1, 201-305.
4- Tips R.L. Am. J. Hum. Genet. 1954, 6,
328-43.
5- Gerrard J.W., Rao D.C., Morton N.E. Am. J.
Hum. Genet. 1978, 30, 46-58.
6- Cookson W.O.C.M., Hopkin J.M. Lancet, 1988, ii, 86-8.
7- Martinez F.D., Holberg C.J., Haloney M., Morgan W.J., Wright
A.L., Taussig L.M. Am. J. Hum. Genet. 1994, 55, 555-65.
8- Meyers D.A., Postma D.S., Panhuysen C.I.M., Xu J., Amelung
P.J., Levitt R.C., Bleeckers E.R.Genomics, 1994, 23, 464-70.
9- Longo G., Strinati R., Poli F., Fumi F. Am. J. Dis. Child.
1987, 141, 331-4.
10- Edfors-Lubs M.L. - Acta. Allergol. 1971, 26, 249-85.
11- Marsh D.G., Meyers D.A., Bias W.B. N. Engl. J. Med. 1981,
305, 1551-9.
12- Moffatt M.F., Hill M.R., Cornelis F. et coll. Lancet, 1994,
343, 1597-600.
13- Cookson W.O.C.M., Sharp P.A., Faux J.A., Hopkin J.M. Lancet,
1989, i, 1292-5.
14- Van Herwerden L., Harrap S.B., Hong Z.Y.H., et coll. Lancet,
1995, 346, 1262-5.
15- Marsh D.G., Neely J.D., Breazeale D.R., et coll. Science,
1994, 264, 1152-6.
16- Postma D.S., Bleecker E.R., Amelung P.J., et coll. N. Engl.
J. Med. 1995, 333, 894-900.
17- Demoly P., Bousquet J., Godard Ph., Michel F.B. Presse Méd.,
1993, 22, 817-21.
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